L'exposition "Rêves d'Automates" 4ème partie

Publié le 10 Avril 2015

Horloge à triple mystère de Robert-Houdin

Horloge à triple mystère de Robert-Houdin

LA TRADITION HORLOGERE BLESOISE

BLOIS, PLACE ROYALE DE L’HORLOGERIE

Plus de 200 ouvriers horlogers s'installent à Blois jusqu'en 1700, favorisés par les rois
de France successifs résidant au Château de la ville. Durant un siècle et demi, le titre
envié "d'horloger du Roy" est presque en permanence l'apanage des maîtres blésois.
Si la révocation de l'Edit de Nantes par Louis XIV en 1685 sonne la suprématie de l'horlogerie
blésoise, les artisans protestants s’exilant en Suisse, en Allemagne, ou plus tard à Besançon,
certaines dynasties d’horlogers voient le jour comme les Cupper ou la famille Robert.

JEAN-EUGÈNE ROBERT (1805-1871) : HÉRITIER D’UN TALENT HORLOGER

Passionné par la mécanique dès l’enfance et attiré par l'atelier d'horloger de son père, Jean-
Eugène Robert finit par entrer comme apprenti, pendant deux ans chez "Le Cousin Robert",
réputé pour être le plus habile horloger de Blois. Installé en 1830 à Paris au service de son
beau-père horloger Jacques Houdin dont il adopte le patronyme, il se consacre essentiellement
à l'horlogerie jusqu’en 1839 et dépose plusieurs brevets d'inventions dont le
réveil briquet (1837) lui permettant d'investir dans la fabrication d'automates.

LES PENDULES MYSTÉRIEUSES DE ROBERT-HOUDIN

En 1830, Robert-Houdin réalise son premier chef-d’oeuvre horloger, une pendule
mystérieuse. Devant le succès rencontré, il en produira de plus en plus complexes et
plus onéreuses, comme la pendule à triple mystère. L'un de ces rares exemplaires encore
existant, présent dans l'exposition, dissimule son mécanisme dans son socle en bronze
doré décoré de 4 chimères, surmonté d’une colonne de cristal (2e mystère) et d’un cadran
(3e mystère) composé de 2 disques de verre.

Horloge-mère électrique signée Jean-Eugène Robert-Houdin

Horloge-mère électrique signée Jean-Eugène Robert-Houdin

L’AVANT-GARDE DE L’HORLOGERIE ÉLECTRIQUE

Dans le cadre de ses études sur l'électricité appliquée à la mécanique, Robert-Houdin
développe l'idée novatrice de remplacer les ressorts et poids des horloges par l'électricité.
En 1855, Robert-Houdin, retiré de la vie théâtrale, décide, en bourgeois philanthrope,
de rendre l’heure électrique accessible à tous, en développant un système horaire mèrefille
à usage domestique. Il fait ses premiers essais dans sa propriété du Prieuré, tout
près de Blois, en installant une horloge qui commande cinq cadrans répartis dans toute la
maison, assurant une synchronisation parfaite.
Il développe et brevète différentes versions de pendules et régulateurs basés sur le
même système, qu’il va constamment modifier et simplifier pour le rendre plus fiable
et moins coûteux à fabriquer.

NAISSANCE DES ANDROIDES

VAUCANSON, “RIVAL DE PROMÉTHÉE”

Passionné par la reproduction artificielle du vivant, Jacques Vaucanson (1709-1782)
conçoit trois automates inédits. En 1738, il présente tout d’abord son “flûteur”,
dans un salon de l'hôtel de Longueville, à Paris. De la taille d'un homme, il est le premier
être mécanique capable de jouer d'un instrument de musique. Le public accourt
découvrir “ce miracle de l'Art” qui interprète avec justesse et précision douze airs différents
! Profitant de cet engouement, Vaucanson exhibe ses deux autres automates : un
joueur de galoubet et de tambourin habillé en berger provençal, capable de jouer
avec des coups de langue à chaque note, ainsi qu'un canard qui mange, boit, croasse,
digère et défèque comme un vrai volatile ! Vendus le 12 février 1743 à trois négociants
lyonnais, ces trois automates uniques n'ont pu être conservés mais continuent de nous
fasciner à travers les siècles.

Le canard automate de Jacques Vaucanson

Le canard automate de Jacques Vaucanson

LES JAQUET DROZ, AUTOMATICIENS SUISSES

Si le plus ancien androïde écrivain, présenté en France en 1753, est celui de Friedrich von
Knauss, Pierre Jaquet Droz figure au Panthéon des plus grands constructeurs d'androïdes.
Né en 1721, cet horloger suisse réalise avec la collaboration de son fils Henri-Louis
et de son fidèle ouvrier Jean Frédéric Leschot, trois androïdes exceptionnels : “l'écrivain”,
“le dessinateur” et “la musicienne”, présentés en 1773.

Les automates androïdes des Jaquet-Droz

Les automates androïdes des Jaquet-Droz

Ces automates, commandés par des mouvements d'horlogerie, suscitent une telle curiosité qu'on se rend les voir comme en pèlerinage. À partir de 1775, ils sont exhibés à Paris puis ailleurs en Europe et sont aujourd’hui exposés au Musée de Neuchâtel.
En parallèle de leurs créations d'art, les Jaquet Droz et Leschot développèrent en
Europe, avec succès, la fabrication de prothèses articulées pour remplacer les
membres humains amputés. À ce titre, ils peuvent être considérés comme les précurseurs
de la robotique médicale.

LA CÉLÈBRE “JOUEUSE DE TYMPANON”

Conservé aux Arts et Métiers à Paris, ce célèbre automate est l'oeuvre du talentueux
ébéniste David Roentgen et de l'horloger mécanicien Pierre Kintzing. Réalisé en 1785,
cet ensemble haut de 53 cm et d'une longueur de 1m, est une jeune femme élégamment
vêtue d'une ample robe à paniers en soie brodée. Elle est assise, gracieuse, devant un
tympanon dont elle frappe les cordes sonores avec les marteaux que tiennent ses mains
fines et agiles. Elle respire et tourne sa tête à droite et à gauche, jetant ses regards sur
l'auditoire… Elle a l'allure, du vêtement à la chevelure, de la jeune reine Marie-Antoinette,
sa commanditaire. Elle entre à l'époque au cabinet de curiosités de l'Academie des Sciences.

La leçon de chant, un automate de Robert-Houdin

La leçon de chant, un automate de Robert-Houdin

LES OISEAUX CHANTEURS MECANIQUES

LES SERINETTES

Au XVIIIe siècle, les dames de la haute société s'adonnent à la mode d'élever des
serins des Canaries et de leur apprendre à chanter des airs, à l’aide d’une boîte à
musique appelée “serinette”. Puis l'idée vient de remplacer l'oiseau vivant par un
oiseau artificiel dont les mouvements de bec sont synchronisés avec le chant par un
mécanisme caché dans le socle de la cage. En 1843, Robert-Houdin conçoit une
précieuse Serinette en bronze aujourd’hui exposée à la Maison de la Magie de Blois.
Il utilise, pour l'instrument et pour l'oiseau, deux cames de son invention (tubes à piston).
À la relative platitude de la serinette s'oppose la surprenante virtuosité de l'oiseau, dans
son timbre, et dans son jeu : un des aspects du génie de Robert-Houdin.


UNE SPÉCIALITÉ D’AUTOMATES

Nés en Suisse, les oiseaux chanteurs eurent leurs artistes réputés avec Leschot,
Jaquet-Droz, les Maillardet... C'est seulement au milieu du XIXe avec Stèvenard puis
Blaise Bontems que s'organise en France la fabrication de ces automates d'un genre
particulier. Plantes et buissons, cages dorées se multiplient. Mais il est un oiseau artificiel
plus célèbre que tous les autres réunis : le Rossignol d'Andersen, inspiré par l'oiseau chanteur
que Jaquet Droz offrit à l'empereur de Chine.

Rédigé par Philippe Sayous

Publié dans #Agenda

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